N'AYONS PAS PEUR : LE DESIR DE PARTAGER N'EST PAS UNE MALADIE...

Un jour, ayant eu peur de m'éloigner, j'ai marché jusqu'à la foret des choses, et je me suis assis sur un petite coline, au milieu du Tout, la tête levé, veillant à ce que, comme le Soleil, la Lune et les autres astres, quelqu'un, quelque part, comptent mes yeux parmi ses étoiles...                        

 

             

 

Jeudi 18 janvier 2007

Le pyromane  

 

Cette nuit, alors que les choses semblaient se calmer, j’ai fait un autre rêve. J’ai dit « un autre rêve »  comme je pourrai dire une autre vision, une vision différente des autres. Oui, depuis quelque temps, j’ai des visions. Le jour je ressens des sensations étranges et la nuit, d’habitude mon lieu de repos, mon oasis de paix, était devenue une passerelle redoutable où le mal en moi se rendait visible. Je « vois » la nuit.

 

 

 

Hier soir, au milieu de mon lit, je visitais les terres du village de mon enfance en compagnie de mes amis, une bande de jeunes intéressés à l’avenir qui arrivait droit sur eux. 

Nous traversions les montagnes de notre enfance et marchions avec plaisir sur une terre qui nous semblait nouvelle et que nous connaissions pourtant très bien. Il y avait des grands arbres fruitiers, des petites plantes ici et là, semées au hasard sur une terre rouge comme le sang de nos veines.

En bas, c’était le village, un assemblage de petites maisons en paille. En face, il y avait une route asphaltée qui traversait le pays, comme une cicatrice faite par la modernité.

Le village se trouvait sur un seul côté de la route.

 

 

Après ma promenade, je rentrais au village et c’est alors que je trouvai les anciens en train de discuter ensemble d’un problème grave. Normalement, je n’ai pas le droit de participer ni d’écouter ce genre de débat. Cependant, je m’approchais par curiosité pour écouter ce qui se disait.

 

 

 L’un d’eux prit la parole :

-         Mes amis, nous devons découvrir quel est celui qui brûle toutes nos maisons dès que nous avons fini de les reconstruire ?

Un autre prit la parole :

-         cela ne peut plus durer mes frères, chaque fois que nous avons fini de reconstruire nos cases, un esprit malin, un esprit malfaisant profite de la nuit pour mettre le feu à nos habitations, à toutes nos habitations. Qui, parmi nous, cherche à détruire notre communauté ?

-         Ce sont les anciens qui nous punissent, dit le sorcier, le plus ancien d’entre eux.

 

 Moi, qui avait fait quelques études à l’université, je m’immisçais alors dans la discussion comme pour les aider dans leur recherche.

Je leur dis:

-         c’est peut-être l’œuvre d’un pyromane. Vous savez, tous les pays, tous les villages du monde ont au moins un pyromane.

Tout le monde se regarda avec interrogation. Puis l’un d’entre eux s’avança vers moi et me demanda :

-         Un pyromane, qu’est-ce que c’est ? Dit nous ce que tu sais, toi qui a fait des études dans les écoles là-bas, loin de chez nous. Dis-nous ce que tu sais.

J’avançais alors au milieu du groupe, avec le sourire aux lèvres, fier d’apprendre quelque chose à mes frères.

-         Un pyromane, c’est un malade psychologique. Il ressent une impulsion pathologique qui le pousse à allumer des incendies, à brûler tout ce qu’il trouve.

-         Mais enfin, par les cornes de Batou le buffle sacré, qu’est-ce que tu nous racontes ? Un pyromane cela ne peut pas exister. Aucun homme ne viendrait brûler sa propre case ainsi que celle de tous ses frères. Comment peux-tu venir sous l’Arbre de Temo l’Ancien pour nous dire de telles bêtises ? Laisse-nous jeune insolent.

 

Je quittais la petite foule d’hommes la tête baissée, sans rajouter un mot.

 

 

 

La nuit qui suivit ces événements, je dormais parmi mes amis et tout allait bien. Mais je me suis senti mal. J’avais une sorte de fièvre dont j’avais l’impression confuse de connaître le remède.

Il fallait que je passe de l’autre côté de la rive, que j’abandonne le village. Il fallait que je traverse la grande route asphaltée pour voir le village depuis la terre d’en face.

Je me levais et me plaça sur le bord du chemin. Quelques uns parmi ceux qui avaient le sommeil léger se réveillèrent.

-         Où vas-tu jeune inconscient ? me demanda-t-on.

-         Je vais voir de l’autre côté, je vais quitter les limites de notre village.

-         Mais c’est une trahison ! s’écria la petite foule.

 

 C’est l’impression que j’avais moi aussi, une impression désagréable de lutter contre moi-même. Cependant, je traversai la dangereuse route (personne ne semblait pouvoir m’en empêcher) et me retrouvai de l’autre côté.

 

 Je regardais alors le village dans son ensemble. C’était la panique. Des flemmes partout, des cris de peur. On cherchait à éteindre le feu par tous les moyens. Comme l’eau manquait, on n’envoya de la terre rouge sur le feu, mais c’était peine perdue.

Après quelques minutes, les villageois cessèrent la lute.

Ils se mirent à regarder de l’autre côté de la route, avec une incompréhension palpable, le traître pyromane gesticuler de façon frénétique, dans une danse qui leur était  inconnue.

NEG

 

 

Par KAYMWENKRAZE MAPVIVNANBWA - Publié dans : negmon
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Mercredi 20 septembre 2006

La chaise angoissée

 N’ayant pas trouvé grand chose, j’allais remonter les mains vides. Mais il y avait dans la cave une chaise semblable à un vieil homme à quatre pattes, arrivé au bout de ses efforts d’une longue et misérable vie.

La pitié (ou plus exactement la compassion) me fit tourner le regard vers elle, alors qu’elle pourrissait dans un coin sombre, comme toute vieille chaise est supposée le faire.

Je la voyais assise maladroitement sur elle-même, tremblotant à l’idée de n’être plus capable de supporter la moindre charge.

Lorsque je fus à côté du vieil homme en bois, il m’interpella ainsi :

-         Mon jeune ami, regarde comment je suis devenu inutile et fragile. Ne peux-tu rien faire pour un vieux compagnon de la Grande Route ?   

Je lui répondis avec l’arrogance de ma jeunesse :

-         N’es-tu pas heureux d’avoir bientôt fini de supporter le derrière des Hommes vils et hypocrites ? N’es-tu pas enfin soulagé de sentir à nouveau passer sur ton dos l’air frais et léger de la liberté retrouvée ?

-         Oh il est vrai que j’ai porté ma charge durant cette longue vie et mes douleurs n’ont d’égale que les crissements de mes articulations déboîtées. Cependant, il y avait une charge que je supportais volontiers et qui me rendait plus heureux que toutes les chaises du monde :   

-         Parle donc vieux bois, parle moi de ton bonheur de chaise !   

-         Il y avait cette jeune fille qui venait s’asseoir sur mes genoux et qui balançait ses petites jambes au-dessus du sol, comme le vent faisait balancer mes branches lorsque j’étais un arbre plein de vigueur. Voilà que le service que je rendais à ce petit postérieur vient à me manquer, moi qui termine péniblement mon parcours au fond d’une cave…

Je n’ai pu me détourner de la souffrance du vieux débris et je lui dis :

-         Cette jeune fille est devenue une jeune femme maintenant. Veux-tu encore être utile à son postérieur ?

-         Ce serait une joie sans nom et je ne vous remercierai jamais assez de votre gratitude !

 

 

 Je pris alors la vieille chaise avec moi et je remontai au salon où m’attendait, couchée sur un ours blanc qui tapissait le sol, celle qui jouissait du privilège d’être femme. Je lui dis :

-         Finalement demoiselle je n’ai trouvé que cette vieille chaise pour répondre à votre demande, est-ce que ça ira ?

-         Oui, me répondit-elle sans remord, tu peux la prendre.

Après avoir déposé le bon bois à sa nouvelle place et m’être débarrassé de mes vêtements superflus, je la rejoignis sur le sol.

Et pendant que, allongée sur la fourrure polaire, elle savourait à pleine bouche la friandise promise, moi, l’œil rivé sur l’étrange sacrifice, je regardais le vieux bois qui crépitait avec allégresse, redonner toute sa vigueur au feu de la cheminée…

Neg

 

 

 

Par KAYMWENKRAZE MAPVIVNANBWA - Publié dans : negmon
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Mercredi 12 juillet 2006

Randonnée pédestre…

 

 

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas regardé mes pieds.

 

 

J’avais jusque là marché la tête haute, comme mes camarades, cherchant à cacher mes pas chancelants.

Je disais à qui voulait bien l’entendre que j’étais un homme fier, un homme fort, un homme qui va doucement, qui va surement, comme une pierre bien implantée dans son propre sillage, construisant une voie invisible vers l’idéal.

 

 

Puis, à force de marcher, à force de m’éloigner de la genèse, de chanceler sur les petites roches qui jalonnent ma route, à force de tituber devant l’obstacle récurrent de ma bétise, de trébucher sur des choses graves, ma tête a fini par céder à la gravité, à la gravitation.

 

 

Je me retrouvais alors comme tout soldat de retour de la guerre, conscient du gaspillage, seul, inutile, lourdement atteint par le superflu, cruellement blessé par ses propres congénaires.

 

 

Et l’attraction qui alordissait mes ailes, l’attraction qui règnait sur toute la terre, est revenue à moi, à mon souvenir, entraînant vers sa racine souteraine la branche vaniteuse et fébrile de mon être, qui prennait le vent.

 

 

Ayant constaté avec effroi aucune trace de vie derrière moi, maintenant, naturellement, modestement, comme le ferait le dernier des hommes, tous les jours, j’aspire à consacrer le temps qu’il faut à mes pieds.

 

 

Mais je ne peux pas vivre comme une pierre, en ville.

 

 

Alors, laissant là le léger bagage d’une vie, je dis à mes pieds nus : « Je veux quitter le pays des hommes et vivre par dela le bien et le mal »

Il me répondirent avec soulagement: « Redonne à ta bouche le silence millénaire, fais une cicatrice dans le sol, tout de suite, et laisse-nous  prendre un dernier bain de terre !»

 

 

Offusqué par cette possibilité dernière, refusant que mes pieds ne prennent les devants, je repris ma route sur le bitume sauvage, frappant toujours plus fort le sol méprisant, afin que mes frères et sœurs vivant en desous, guident chacun de mes pas.

 

Neg

Par KAYMWENKRAZE MAPVIVNANBWA - Publié dans : negmon
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Lundi 6 mars 2006

Le fauteuil du psy…

  J’avais bien envie de la partager cette impression. La fênetre était entre-ouverte et je restais assis sur le canapé des fous, seul, pensif par nature, regardant le vide à travers cette cavité joyeuse dans le mur, qui semblait me laisser la liberté de choisir…

 

J’avais envie de dire et de faire, mais je n’attendais personne. Elle vint pourtant poser sa main sur mon épaule, sans passer par les voies officielles de l’existence. Peu m’importe, elle avait une jolie main la créature.

-         Je suis là maintenant, me dit-elle.

Mais alors que ma bouche allait s’entrouvrir pour lui parler d’extase et d’autres choses en apesanteur, son doigt, tel un oiseau inespéré, vint se poser sur mes lèvres. Mes yeux, d’habitude avide de lumière, se fermèrent afin que je garde pour encore un moment l’innocence léguée par mes pères. Etait-elle une menace, cette chimère féminine ?

      

J’avais confiance. Après quelques secondes, ce doigt taquin fit venir toute une main, qui commença une promenade sans fin sur mon visage de pierre. En passant par ma joue, mon front, mon nez, elle fit ce que fait la pluie sur la terre sèche, elle remis de la vie entre les sillons stériles. 

J’allais m’endormir quand une voix vint traverser l’intimité de mon esprit : 

 

       -         Avant que je sois, tu fus témoin, malfaisant personnage, du néant que je suis au fond. N’ai pas peur maintenant, je suis devenu désirable comme la lumière, inutile d’ouvrir  tes yeux mon éternel ami, j’apaiserai ta douleur.

C’est vrai que j’étais bien. Mais ma raison gargantuesque voulait se régaler de cette nouvelle sensualité. 

Je pris alors sa main comme on récolte le blé sur une terre fertile, et je la fis passer devant moi.

-         Non ! me cria-t-elle.

Sa voix me fit à ce point tressallir que je ressens dans mon corps jusqu’à maintenant, le froid frisson qui l’avait parcouru. 

Je vis alors surgir une « Femme sortant de la Lumière », une créature semblable à la peinture de Kétévane Cellard, nue comme goutte d'eau suspendue. Elle courrue vers la fenêtre et avant de s’y précipiter, tourna vers moi son regard angoissé, effarouchée par je ne sais quoi en moi de terrifiant et de misérable…

-         Qu’avais-je envie de te voir ? Me dis-je à moi-même en pleurant. Suis-je poète ou peintre à la fin ?

Comme une dent plantée dans la chair, mon corps accroché au fauteuil des damnés, m’empêcha d’attrapper sa silhouette nue qui s’en allait complêter le curieux tableau que formait la fenêtre… 

-         Chasseur d’éternité, me dit-elle dans un soupire, aucun Idéal, fut-elle aussi belle que moi, ne peut survivre à l'ombre de ton esprit…

Elle ne rajouta plus rien, concentrée qu’elle était à redevenir éphémère…

NEG

A une certaine KC et ses feux rouges...Imaginaires.

 

http://www.kcellard.com/

 

 

 

 

Par KAYMWENKRAZE MAPVIVNANBWA - Publié dans : negmon
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Vendredi 13 janvier 2006

Voilà,

Voilà que l’année 2006 commence, avec, devant moi, la grande voile blanche de la possibilité, étalée sur 365 jours.

Autant d’heures, autant de minutes à vivre, je ne vais pas laisser passer sur moi la charrette du temps, sans chercher, comme bien des gens, le changement perpétuel.

Bien sûr, je serai heureux au bout du compte.

Pour commencer, je ne vais pas déguerpir. J’ai beau ne pas connaître très bien le chemin qui mène à l’essentiel (j’en ai bien une petite idée), je vais dire la vérité à chaque voyageur sur mon passage, oui, je vais leur dire que même à contre sens, nous marchons tous vers le même point de départ…

Et puis, je vais m’évertuer à peser moins lourd sur la Terre. Il n’y a aucune raison pour que mes ailes ne m’aident pas à gagner le ciel léger de la liberté, comme en 1986

 

 

où certains d’entre nous (non je n’étais de la bataille, en sécurité et au froid que j’étais en occident), braves et fous à la fois, dans un mélange de plumes, de pneus en flamme et de sang, ont dit

oui au « Déchoukage »

 

 

et non  à la Dictature. 

Oh rassure-toi Terre Maternelle, je vais peser moins lourd sur cette jolie planète, avec un peu moins de corps et un peu plus d’esprit. 

Enfin je vais écrire sur le Bois Sacré de la vie une lettre aux anciens, afin de devenir une des branches (même la plus fébrile) de la Grande Racine.

Oui, maintenant je n’ai plus de raison de garder plus longtemps le silence dans la sombre grotte.

En changeant de maison, on change de peau, disait à peu de chose près un vieux sage. Gardons-nous de ne pas nous perdre durant cette annuelle mutation.

Il est temps que le Soleil, mon guide spirituel, même en plein hiver, verse sur moi un peu de sa principale qualité.

Je suis un homme qui va le devenir, un guerrier par Nature qui s’en va affronter une année entière de difficultés. Mais elle est inquiète ma petite cervelle ! Quelle faiblesse que cet amas de chair pensante !

Oh je me vois déjà mettre un genou à terre, mais avant de poser le deuxième (et admettre ainsi que je ne suis rien au fond), je voudrais bien retirer la Flèche mortelle de mon torse et transpercer (une fois au moins) les murs insondables de la Possibilité.

N’ayez pas peur ô Dieu que je vous nuise: en fin de compte, malgré tous mes efforts, je ne serai pas plus fort qu’un enfant nourrit aux vents d’Afrique.

 

 NEG

 

Par KAYMWENKRAZE MAPVIVNANBWA - Publié dans : negmon
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