MAIS AU BOUT DU COMPTE, ON SE REND COMPTE...
Il ne voulait pas partir comme ça…
Il tourna autour du Puits une fois,
Cherchant s’il distinguait un mouvement en bas,
Et ne pouvant percer le fond des choses,
Il passa sa main dans sa barbe noire un moment,
Cracha sur le sol qu’on lui promettait
Et refusa l’offre des Promoteurs.
Il rentra chez lui, décrocha la dernière arme chargée
De son mur de souvenirs
Et, marchant péniblement,
Il s’avança vers sa fenêtre,
L’œil toujours étincelant,
Tenant l'arme au bout de son bras tremblant
Visant, tirant sur tout ce qui n’était pas du coin,
Et cria de sa voix d’ancêtre :
« Toujours vivre, mourir, sans raison ? »
Voyant que personne ne fut atteint dehors,
Il se mit à pleurer à chaudes larmes ;
en frottant ses yeux d’ivrogne
on aurait cru,
à chaque crispation de son vieux corps,
Voir la douleur d’un enfant abandonné.
Puis il rajouta dans sa barbe :
« Cent raisons pour vivre,
Et mourir sans raison… »
Dehors, comme on le connaissait bien,
On ne fit pas attention à ses jérémiades.
La pancarte « à vendre » bien implanté dans le sol,
Visible au regard de tous les Passants,
On installa un tapis rouge
Qui garantissait un chemin
Entre la maison et le Puits.
Le vieil homme sentant le Grand Sommeil venir,
Sortit de la maison pour affronter la Réalité.
Il enleva, avec peine, tous ses vêtements,
Et se tint debout devant sa porte,
La vertébrale de son dos courbée.
L’un des promoteurs, le voyant hésiter, lui dit :
« Maintenant c’est terminé Monsieur,
Il faut vous résigner.
Vous ne pouvez plus faire marche arrière :
Personne ne peut faire machine arrière »
Le vieux débris, épave d’une seule traversée,
marcha sur le tapis, portant son être
Péniblement jusqu’au Puits.
Il regarda en passant la seule œuvre de sa vie :
Un amas de pierre étrangement disposé et sourit en lui-même.
Enfin au bord du Gouffre, il posa sa main sur le bord…
Mais il ne voulait pas partir comme ça…
Il tourna autour du Puits encore une fois,
Cherchant s’il distinguait un mouvement en bas,
Et ne pouvant percer le fond des choses,
Il passa sa main dans sa barbe noire un moment,
Cracha sur le sol qu’on lui promettait
Et refusa l’offre des Promoteurs…
NEG