Le Procrastinateur…
J’avais bien connu un premier Amour.
A l’époque, désespéré des jeunes filles trop légères, j’allais à la fac la tête basse, avec la déception dans le cœur d’une jeunesse sans flamme.
Puis, après quelques mois d’incertitudes, Elle vint se présenter à moi sans prétention, alors que j’avais l’Esprit plongé dans la connaissance des choses.
Et ce fut là ma première Folie.
On découvrit ensemble un des chemins qui mènent au Paradis (le septième ciel se trouvant parfois au septième étage…)
Après quelques certitudes et quelques promesses dites devant le Bleu de l’existence,
après quelques feuilles séchées tombées au pied du seul Arbre de la forêt,
après la dernière goutte de pluie, on s’est dit au-revoir sans se dire Adieu (un départ est une promesse de retour sur cette Ronde Terre…)
Je fus alors plongé dans une période de grande Lamentation (le souvenir du ciel étant la seule nostalgie des oiseaux blessés…)
Puis, comme une proie qui découvre un Serpent dans son nid, une Calamité à l’apparence tropicale s’introduisit dans mon antre et déclencha une tempête sans précédent dans mon horizon.
De cette Union Impossible, naquit un Chéri, un Trésor, un sang neuf qui jaillit de nos veines vidées du meilleur de nous-mêmes.
La fatigue du mal-être, l’Idéal mourant sans cesse chaque jour avant l’aube, nous dûmes nous résigner à ouvrir les portes du Zoo, tellement sauvages que nous étions entre nous, et même avec nous-mêmes.
Les jours passèrent en hiver, avec mon cœur prit dans un terrible froid (température où certains insensés, prit dans les méandres de la Sauvage Utopie, plantent des fleurs blanches comme la neige et parlent d’allégresse à l’Etoile Polaire). Moi, trop longtemps éloigné de moi-même, je n’ai survécu que par le précieux amour des uns (Famille je vous aime) et la quotidienne amitié des autres.
Puis à l’été, échappée de mon île aveugle et misérable (ta Liberté, chère Haïti, vaut-elle des siècles de privation ?),
quelqu’un vint avec ses qualités pour seul bagage, me demander audience à moi, perché que j’étais en haut de ma tour de peine.
Parfumée par l’essence des mes choses favorites, amoureuse comme moi du respect, du partage et de l’amitié, le corps comme un morceau détaché de ma Terre au temps des abondances, elle me tomba précieuse dans les bras, comme lorsque j’étais enfant et que j’essayais de rattraper avant sa chute les petites mangues-cannelles sucrées du jardin de ma grand-mère.
Jour après jour, petit à petit (certaines portes prennent du temps à s’ouvrir) je me vis concéder à la Demoiselle les clés de mon secret repère, sans pour autant perdre une seule des plumes qui garnissent mon dos, où se sont développées les ailes fragiles de ma liberté.
Lorsque parfois je perdais l’équilibre, si cher à tout homme, Je la vis souvent devenir un Souffle léger (aussi nécessaire que la brise fraîche et fuyante chatouillant les collines de mon île originelle), me rendant plus fort que je ne le suis, allant ainsi jusqu’au bout de la Nature de la Femme.
Aujourd’hui, placé devant le carrefour des choses, les voies s’ouvrent devant moi, aussi multiples que les possibilités.
Elle me demande : « Veux-tu encore de l’Amour ?»
Je lui réponds : « J’hésite un peu. Seras-tu ma Chère, lui dis-je, ceci et cela à mes yeux ? »
Elle me répond : « Je serai tout ce qu’il m’est possible d’être et tu seras un Homme heureux, car j’ai fait mien le Naturel de tes qualités »
Et depuis ce jour, moi,
pratiquant la procrastination par faiblesse,
je remets à demain le jour de son installation dans ma Grotte,
Attendant que le doute ne soit plus dans mon horizon,
Faisant semblant d’ignorer (comme dirait Félix Leclerc) qu’il faut du Courage pour être heureux.
Neg