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Vendredi 18 novembre 2005

A ELLE… 

 

Un vieil homme surchargé d’un étrange fardeau marchait sur le bord de la route.

La nature m’ayant fait naître avec la compassion, moi, pourtant comme tous les hommes, misérable et vil trop souvent, je le prie de s’arrêter.

-         Pourquoi portez-vous cette lourde charge, mon vieil ami ?

-         C’est qu’il faut bien que quelqu’un prenne le temps de le faire, me répondit-il, comme s’il allait perdre son dernier souffle.

-         Mais à ton âge, vieil homme, ne devrais-tu pas profiter du temps qu’il te reste parmi nous pour compter le rire incomparable des enfants ?

-         De ma vie je n’ai eu le temps jeune homme. Maintenant, je dois porter ce poids jusqu’à son terme et m’en délivrer enfin.

-         Bon, écoutez, je vais vous aider, laissez donc là ce fardeau. La force vitale de ma jeunesse aura raison de son poids démesuré.

Il me regarda comme s’il me voyait pour la première fois. Puis, il fut prit d’un tremblement qui le fit tomber sur le côté. Je me précipita pour le soulager de sa charge, mais il se mit à rire aux éclats. Il riait tellement que toute la création pouvait compter les quelques dents qui lui restaient.

-         Qu’est-ce qui vous amuse tant, lui demandais-je exacerbé ?

-         C’est que votre route est encore longue !

-         Que m’importe, je suis jeune et je n’ai rien sur le dos qui me pèse…

-         C’est parce que vous n’avez pas encore mesuré le poids des choses…

A ces mots, il chargea de nouveau son étrange commerce sur la courbe de son dos et poursuivit son chemin. Je vis alors la charge s’ouvrir telle une carapace pour libérer un monstre effrayant et hideux qu’elle abritait. L’animal de l’Autre monde poussa un cri de rage en me voyant. Après quelques mètres, emporté par la surcharge, le vieil homme tomba sur le ventre et la charge termina de l’enfoncer dans les profondeurs du sol. 

Je me réveillais alors en sursaut, la sueur dégoulinant le long de mon visage. Je fus soulagé de voir que tout ceci n’était qu’un rêve… 

 

Je descendis de mon lit et alla voir devant le miroir ce qu’il restait de moi.

Je me retournais pour vérifier qu’aucune charge ne m’incommodait. 

 Et je ne fus pas étonné de voir battre encore dans mon dos

les ailes bien brillantes de la Douce Utopie…

NEG

Par KAYMWENKRAZE MAPVIVNANBWA - Publié dans : negmon
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